« Imet Alloys va développer une économie circulaire autour de matières critiques »

LA TRIBUNE – Quelle est l’activité développée par Imet Alliages en Corrèze ?

Nicolas COURTEIX – Leader mondial de la récupération de titane convertible et de superalliages, la société créée en 2012 est présente aux États-Unis d’Amérique, en République tchèque et en Écosse, où elle a son siège. En France, notre premier site est à Eyrein, c’est aussi notre siège européen. Nous avons investi dix à quinze millions pour construire une plateforme européenne en faveur de l’Etat, notamment grâce à l’Industrie Territoire. L’objectif est de développer une économie circulaire autour des matériaux critiques en Europe, le titane et les superalliages.

On appelle souvent cette activité recyclage, mais on parle de récupération et non de déchets mais de réversible. Ce sont des pièces en matière solide, des conversions, des pièces de rebut ou encore des pièces de vie de l’avion. Nous les traiterons sur nos lignes pour leur redonner leur qualité d’origine, avec un investissement sûr. ils sortiront de l’usine préparés en lingots de qualité aéronautique qui seront désassemblés par des transformateurs de matériaux pour redevenir des pièces d’avion. C’est un cercle vertueux.

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Qu’est-ce que ce type de matériel a à voir avec la récupération ?

L’objectif est de créer une chaîne d’approvisionnement interne en Europe. Le premier impact environnemental important est que nous réduisons l’utilisation de matériaux. La seconde est l’indépendance vis-à-vis des Titans. Aujourd’hui, les fabricants achètent principalement en Russie, car le contexte actuel posera des problèmes d’approvisionnement. Cela réduira leur dépendance. Le troisième est l’économie d’énergie pour le temps de fusion. L’industrie aéronautique pourra être plus compétitive au niveau mondial. Nous visons également une diversification de nos marchés d’environ 10 % dans les secteurs médical et industriel.

Pourquoi voulez-vous la Corrèze ?

Nous avons choisi Eyrein car c’est un emplacement privilégié sur les autoroutes A20 et A89 pour acheminer nos produits ou de nos partenaires qui sont situés dans le Sud-Ouest en Arverne et en région parisienne. De plus, le bâtiment de 15 000 m2 est neuf, de bonne qualité, bien entretenu et correspondant à nos critères de recherche, une opportunité immobilière. Nous avons visité d’autres régions en Nouvelle-Aquitaine et Rhône-Alpes. Dans le travail d’adaptation nous avons placé quatre lignes traitant de deux familles de matériaux et de formes. Le site fait plus de cinq hectares, nous avons une marge de développement sur cinq à dix ans. A terme, nous envisageons d’ouvrir un centre de R&D pour répondre à deux objectifs, d’abord optimiser les équipements industriels et, sur le plan commercial, aider nos partenaires à innover.

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À quelle fréquence comptez-vous embaucher ?

A l’heure actuelle, douze salariés ont été recrutés et formés aux méthodes de travail par douze Ecossais, qui ne resteront pas après. L’idée est d’atteindre quinze personnes d’ici la fin de l’année, puis de passer à un taux de croissance de dix personnes par an. Nous allons accélérer, en attendant la ligne de conversions en titane que nous souhaitions installer depuis deux ou trois ans, car le client en a besoin. En cinq ans et entre 70 et 100 sur dix ans, nous avons créé une cinquantaine d’emplois. Il faut être prudent sur un site qui a vu beaucoup de suppressions d’emplois (368 licenciements, ndlr), on a beaucoup d’attention. Nous avons également embauché 75 % d’anciens BorgWarners grâce à ce vivier local de compétences similaires. Cela reste une activité de niche et il est difficile de trouver des personnes qui ont expérimenté ce que nous faisons, mais elles seront bientôt opérationnelles. Le démarrage de l’activité est prévu pour la fin de l’année.

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Y a-t-il une guerre en Ukraine autour de vos approvisionnements ?

Le marché est léger car plus il y a de crise, plus le coût de l’énergie augmente, plus nous essaierons de protéger nos ressources et notre action aura plus de sens. La guerre en Ukraine n’affectera pas notre développement. Nous n’avons pas de problème d’approvisionnement car notre matière première est considérée comme un déchet par tout le monde. Il nous faut un outil industriel pour cela, nous l’avons et nous n’avons pas de concurrence à ce niveau. Cela n’affecte que le coût de l’énergie pour notre activité, pas nécessairement pour nous. Nos ingénieurs ont travaillé dur pour réduire la consommation énergétique de nos installations, notre ADN ainsi que notre empreinte carbone.